GadGeek Tech et souveraineté numérique
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Souveraineté technologique : définition

Définition

La souveraineté technologique est la capacité d'un État, d'une organisation ou d'une personne à concevoir, produire, maîtriser ou au moins choisir et remplacer les briques techniques dont elle dépend : semi-conducteurs, puissance de calcul, cloud, logiciels et modèles d'IA. Elle ne vise pas l'autarcie mais l'absence de dépendance subie.

Par , fondateur de GadGeek Publié le · vérifié le 05/10/2026

En bref

  • La souveraineté technologique désigne la capacité à concevoir, produire, maîtriser et choisir les briques techniques dont on dépend : puces, calcul, cloud, logiciels, modèles d'IA.
  • Elle ne vise pas l'autarcie : l'objectif est de garder le choix et d'éviter les dépendances que l'on ne contrôle pas.
  • L'Union européenne la traite surtout par la politique industrielle (Chips Act, EuroHPC, projets IPCEI, proposition CADA), quand la souveraineté des données relève d'abord du droit.

Pourquoi est-ce important ?

Une technologie que l'on ne sait ni fabriquer ni remplacer devient un moyen de pression. Le fournisseur fixe les prix, les conditions d'usage, le rythme des mises à jour, parfois la disponibilité même du service.

L'écart européen est documenté. Le rapport sur la compétitivité européenne remis à la Commission par Mario Draghi (septembre 2024) relève que trois « hyperscalers » américains, ces fournisseurs de cloud géants capables d'étendre leurs infrastructures à l'échelle mondiale, détiennent plus de 65 % du marché du cloud, mondial comme européen. Le premier opérateur européen n'en pèse que 2 % dans l'Union. Le même rapport estime qu'environ 70 % des modèles d'IA de fondation ont été développés aux États-Unis depuis 2017 (source : rapport Draghi pour la Commission européenne, septembre 2024).

Dès juillet 2020, le Service de recherche du Parlement européen (EPRS) relevait que la présidente de la Commission s'était engagée à atteindre la souveraineté technologique dans les domaines critiques.

Comment ça fonctionne ?

Une définition institutionnelle

Une note de l'unité de prospective scientifique (STOA) du Parlement européen, publiée en décembre 2021, propose une définition de travail. La souveraineté technologique y est « la capacité de l'Europe à développer, fournir, protéger et conserver les technologies critiques nécessaires au bien-être des citoyens européens et à la prospérité des entreprises, et à agir et décider de manière indépendante dans un environnement mondialisé » (traduction GadGeek). La même note observe que le terme est souvent employé comme synonyme d'autonomie stratégique ou de souveraineté numérique.

Quatre degrés de maîtrise

Chaque brique s'évalue sur une échelle : la concevoir, la produire, la comprendre assez pour l'auditer, ou au minimum pouvoir la remplacer. Ce dernier degré est souvent le plus réaliste : qui ne fabrique pas ses processeurs reste libre s'il a plusieurs fournisseurs et des formats ouverts.

Les briques et les leviers européens

BriqueQuestion de maîtriseLevier européen
Semi-conducteursQui fabrique les puces les plus avancées ?Règlement (UE) 2023/1781 (Chips Act), en vigueur depuis le 21 septembre 2023 ; la décision (UE) 2022/2481 vise, d'ici à 2030, une production dans l'Union d'au moins 20 % de la valeur mondiale des semi-conducteurs de pointe (source : EUR-Lex, 14 décembre 2022)
Calcul intensif et IAQui possède la puissance de calcul pour entraîner des modèles ?Entreprise commune EuroHPC, créée en 2018, qui déploie des supercalculateurs et des « usines d'IA »
Cloud et périphériePeut-on faire tourner ses services sur des infrastructures européennes interopérables ?IPCEI CIS (2023) ; proposition CADA (3 juin 2026)
LogicielsPeut-on lire, modifier, faire évoluer le code ?Logiciel libre, formats ouverts, commande publique

La proposition de règlement CADA (Cloud and AI Development Act), présentée par la Commission le 3 juin 2026, s'organise en trois volets : recherche et innovation, capacité de centres de données, et autonomie, avec un cadre d'évaluation unique de la souveraineté du cloud et de l'IA pour le secteur public. Elle doit encore être examinée par le Parlement européen et le Conseil.

Exemple concret

Le 5 décembre 2023, la Commission européenne a autorisé un projet important d'intérêt européen commun (IPCEI, un mécanisme qui permet aux États d'aider ensemble des projets de rupture) consacré au cloud et à l'informatique en périphérie, baptisé IPCEI CIS. Sept États membres, dont la France et l'Allemagne, y apportent jusqu'à 1,2 milliard d'euros d'aides publiques, qui doivent entraîner 1,4 milliard d'euros d'investissements privés, pour 19 projets.

Le choix technique est révélateur : les participants doivent développer un logiciel open source pour un continuum « cloud vers périphérie » multi-fournisseurs. Plutôt qu'un champion unique, une couche commune que plusieurs opérateurs peuvent reprendre.

Souveraineté technologique face à la souveraineté des données

La souveraineté des données porte sur l'information : où elle est stockée, qui peut y accéder, quel droit s'applique à l'opérateur. Elle se règle par des contrats, des qualifications et des lois. La souveraineté technologique porte sur les outils qui traitent cette information, et se construit par l'investissement, la recherche et les compétences.

Les deux se complètent sans se confondre. Un service européen peut protéger vos données du droit étranger tout en reposant sur des puces et des logiciels conçus ailleurs. L'autonomie stratégique, enfin, est la notion politique la plus large. Le guide Souveraineté numérique : définition et enjeux détaille les trois axes.

Qui contrôle vos briques technologiques ?

À l'échelle d'un particulier ou d'une petite structure, la question se pose brique par brique.

  • Le matériel : vous le possédez, mais vous ne le concevez pas. Processeurs et composants viennent de quelques fabricants, majoritairement hors d'Europe. Votre marge de manœuvre tient dans le choix d'un appareil réparable et compatible avec plusieurs systèmes.
  • Le système et les logiciels : avec un logiciel propriétaire, l'éditeur décide des mises à jour, des fonctions retirées et des données collectées. Un logiciel libre vous laisse lire le code, le garder dans une version donnée ou changer de distributeur.
  • L'IA : un assistant en ligne tourne sur les serveurs de son éditeur. Un modèle à poids ouverts exécuté sur votre machine reste disponible même si le service disparaît, au prix d'un matériel suffisant et de performances souvent moindres.
  • L'hébergement : un service en ligne se loue. L'auto-hébergement vous rend la maîtrise de l'infrastructure, mais aussi la charge des sauvegardes et de la sécurité.

Personne ne maîtrise toute la chaîne. L'objectif raisonnable est d'identifier les dépendances que vous n'avez pas choisies, puis de garder une porte de sortie : formats ouverts, exports réguliers, une alternative testée. Pour passer à l'action : réduire sa dépendance aux GAFAM, héberger soi-même ses services et les IA françaises.

Questions fréquentes

La souveraineté technologique, est-ce tout produire en Europe ?

Non. Aucun pays ne produit seul toute la chaîne numérique. L'enjeu est d'avoir des capacités propres sur les briques critiques et de pouvoir changer de fournisseur pour le reste.

Le logiciel libre suffit-il à être souverain ?

Il aide, sans suffire. Un code ouvert peut être audité et repris, mais il faut des compétences pour le maintenir, et il tourne sur du matériel que l'on ne maîtrise pas forcément.

Quelle différence avec la souveraineté numérique ?

La souveraineté numérique est le concept d'ensemble. Elle combine localisation des données, droit applicable et maîtrise technologique. La souveraineté technologique en est la troisième dimension, la plus industrielle.

Le Chips Act garantit-il l'indépendance de l'Europe sur les puces ?

Non. Il crée un cadre de soutien. L'objectif de 20 % de la production mondiale en valeur d'ici à 2030, fixé par le programme Décennie numérique (source : décision (UE) 2022/2481, 14 décembre 2022), reste une cible, pas un résultat.

Sources

  1. Key enabling technologies for Europe's technological sovereignty, STOA Options Brief, Service de recherche du Parlement européen (EPRS), décembre 2021.
  2. Digital sovereignty for Europe, Service de recherche du Parlement européen (EPRS), juillet 2020.
  3. The future of European competitiveness, partie A, Mario Draghi pour la Commission européenne, septembre 2024.
  4. Règlement (UE) 2023/1781 (Chips Act), EUR-Lex, 13 septembre 2023.
  5. Digital sovereignty: European Chips Act enters into force, Commission européenne, 21 septembre 2023.
  6. Décision (UE) 2022/2481 établissant le programme d'action pour la décennie numérique à l'horizon 2030, EUR-Lex, 14 décembre 2022.
  7. Discover EuroHPC JU, Entreprise commune EuroHPC.
  8. Commission approves up to 1.2 billion euros of State aid for an IPCEI in cloud and edge computing technologies, Commission européenne, 5 décembre 2023.
  9. Proposal for the Cloud and AI Development Act (CADA), Commission européenne, 3 juin 2026.

Dernière vérification : 05/10/2026

Damien Hernandez
Fondateur et rédacteur de GadGeek

Il écrit GadGeek, avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle pour la recherche documentaire et la mise en forme. Aucun texte n'est publié sans sa relecture : sources recoupées, chiffres vérifiés, erreurs corrigées en clair.