Vendor lock-in : définition
Le vendor lock-in, ou effet de verrouillage, est la situation d'un client qui ne peut plus quitter un fournisseur informatique sans un coût, un délai ou un risque disproportionnés : données dans un format maison, fonctions sans équivalent ailleurs, licences liées, frais de sortie. Le client reste alors par contrainte plus que par choix.
En bref
- Le vendor lock-in n'est pas une clause unique : c'est l'addition de verrous techniques, commerciaux, juridiques et humains qui rendent le départ plus coûteux que le maintien.
- L'autorité britannique de la concurrence (CMA) a constaté en juillet 2025 que moins d'un client de cloud sur cent change de fournisseur chaque année.
- Le droit européen s'attaque aux frais de sortie, pas aux fonctions propriétaires : la protection la plus solide reste un choix d'architecture fait avant de signer.
Pourquoi est-ce important ?
Un fournisseur qui sait que ses clients ne peuvent pas partir n'a plus besoin de les convaincre de rester. Prix, conditions d'utilisation, lieu de stockage des données, avenir du produit : tout peut changer, et le client encaisse. Le verrouillage déplace le pouvoir de négociation bien avant que la question du départ se pose.
Les autorités de concurrence en ont fait un sujet central pour le cloud. En France, l'Autorité de la concurrence relevait en juin 2023 « un risque de verrouillage par les grands fournisseurs du marché », sur un marché où Amazon et Microsoft auraient capté 46 % et 17 % des revenus des services d'infrastructure et de plateforme en 2021 (source : avis 23-A-08 de l'Autorité de la concurrence, 29 juin 2023).
Le règlement européen sur les données (Data Act) emploie la même notion : ses considérants 78, 88 et 90 visent les « effets de verrouillage » créés par les offres gratuites, les frais de changement de fournisseur et le manque d'interopérabilité.
Comment ça fonctionne ?
Le verrouillage naît rarement d'une décision. Il s'accumule, service après service. Les analyses de l'Autorité de la concurrence (2023) et de la CMA (2025) décrivent cinq familles de verrous :
| Verrou | Mécanisme | Ce qui le desserre |
|---|---|---|
| Données | Frais de transfert sortant (egress fees) proportionnels au volume, formats d'export propres au fournisseur | Data Act : frais limités aux coûts directs, puis interdits à partir du 12 janvier 2027 ; formats ouverts |
| Technique | Services gérés, interfaces de programmation (API) et fonctions sans équivalent ailleurs : on ne les déménage pas, on les reconstruit | Standards ouverts, logiciels déployables chez plusieurs hébergeurs |
| Licences | Logiciel plus cher, ou indisponible, hors du cloud de son propre éditeur | Licences transférables, ou logiciel sans restriction d'usage |
| Contrat | Engagement de durée, remises liées à un volume de dépense, crédits gratuits qui orientent les premiers choix d'architecture | Durée courte, clause de réversibilité testée |
| Compétences | Équipes formées à un seul environnement | Outils et savoir-faire non propriétaires |
Le verrou le plus visible n'est pas le plus lourd. Selon la CMA, les frais de sortie pèsent surtout sur les petits clients et sur ceux qui stockent de gros volumes de données. Mais elle note aussi que les services se différencient par leurs fonctions et leurs interfaces, au point que les clients ne peuvent pas facilement les comparer, les remplacer ou les combiner entre fournisseurs. Notre lecture : la loi peut supprimer un tarif, elle ne peut pas rendre portable une fonction qui n'existe que chez un seul acteur.
Exemple concret
Le 31 juillet 2025, la CMA a clos son enquête sur le marché britannique du cloud. Constat : moins d'un client sur cent change de fournisseur chaque année. L'autorité conclut que les barrières techniques et commerciales retiennent les clients chez leur premier fournisseur, et que les pratiques de licence de Microsoft (Windows Server, SQL Server, suites bureautiques) affaiblissent AWS et Google face à Azure. Elle a recommandé d'examiner le statut de marché stratégique d'AWS et de Microsoft.
Le 31 mars 2026, la CMA a indiqué que Microsoft et Amazon avaient présenté des mesures sur les frais de sortie et l'interopérabilité pour leurs clients britanniques, mesures qu'elle continue d'examiner, et annoncé une enquête sur l'écosystème de logiciels professionnels de Microsoft.
Relevé GadGeek du 14 octobre 2026 sur la page des tarifs d'Amazon EC2 : AWS accorde 100 Go de transfert sortant gratuit par mois et invite ses clients européens à demander des tarifs réduits au titre du Data Act pour les cas éligibles. Il rend aussi le transfert gratuit à qui déplace la totalité de ses données hors d'AWS ou hors d'un service donné. La sortie complète est donc devenue gratuite ; la sortie partielle, celle du multicloud, reste facturée au-delà de la franchise, sauf réduction obtenue sur demande.
Vendor lock-in face à la réversibilité
La réversibilité est la porte de sortie écrite au contrat. Le vendor lock-in mesure ce qu'il reste à franchir une fois la porte ouverte. Un contrat peut garantir l'export de toutes les données en trente jours et sans frais, et laisser le client devant des traitements écrits pour un seul fournisseur. Le Data Act n'exige l'équivalence fonctionnelle que pour l'infrastructure et n'oblige pas le fournisseur à développer une technologie nouvelle.
Le verrouillage n'est pas toujours une faute. Un service géré qui épargne des mois de développement peut valoir la dépendance qu'il crée, à condition de l'avoir choisie en connaissant son prix de sortie. Le problème commence quand personne ne l'a chiffré.
Qui contrôle votre dépendance ?
Trois questions, posées avant de signer, disent qui tient la clé :
- Sous quel format les données sortent-elles ? Un export en format ouvert (CSV, JSON, OpenDocument, SQL standard) se relit ailleurs. Un export propriétaire suppose l'outil qui l'a produit, donc le fournisseur.
- Qui fixe les prix et les conditions ? Le fournisseur, tant que partir coûte plus cher que subir une hausse. Le droit de partir ne vaut que si le départ a été préparé.
- Combien de fonctions n'existent que chez lui ? Chaque service sans équivalent ajoute une ligne à la facture du départ, en temps de reconstruction plus qu'en euros.
Pour un particulier, le schéma est le même à petite échelle : photos, courriels et documents rangés dans un seul écosystème. Le guide Réduire sa dépendance aux GAFAM procède service par service, la sélection des alternatives européennes aux GAFAM donne des points de chute, le comparatif du cloud européen couvre le stockage, et la rubrique self-hosting la sortie la plus complète, avec la maintenance qu'elle impose.
Une limite à garder en tête : changer de fournisseur sans changer de méthode ne fait que déplacer le verrou. Un cloud européen aux formats fermés enferme autant qu'un autre.
Questions fréquentes
Comment dit-on vendor lock-in en français ?
Les textes officiels parlent d'effet de verrouillage : c'est le terme du Data Act et de l'Autorité de la concurrence. On rencontre aussi « enfermement propriétaire » ou « dépendance au fournisseur ». Tous désignent la même situation.
Le logiciel open source protège-t-il du vendor lock-in ?
Il retire le verrou du code et de la licence : n'importe qui peut reprendre le logiciel et le faire tourner ailleurs. Il ne retire pas les autres. Un logiciel ouvert hébergé par un seul prestataire, avec des données dans un format qu'il est seul à maîtriser, peut retenir un client tout autant.
Le multicloud évite-t-il l'enfermement ?
Il le réduit pour les données dupliquées, au prix des frais de transfert entre clouds, que la CMA désigne comme un frein au multicloud. Utiliser deux fournisseurs avec les services propriétaires de chacun revient à cumuler deux dépendances au lieu d'en diviser une.
Comment mesurer son niveau de verrouillage ?
Faites l'inventaire des services utilisés et notez pour chacun le format d'export, le volume de données et l'existence d'un équivalent chez un autre fournisseur. Chiffrez ensuite la sortie en jours de travail autant qu'en frais. Un export d'essai rechargé ailleurs reste le seul test probant.
Sources
- Cloud services market investigation, summary of final decision, Competition and Markets Authority, 31 juillet 2025.
- CMA announces package of actions on business software and cloud services, Competition and Markets Authority, 31 mars 2026.
- Avis 23-A-08 relatif au fonctionnement concurrentiel de l'informatique en nuage (cloud), Autorité de la concurrence, 29 juin 2023.
- Règlement (UE) 2023/2854 sur les données (Data Act), considérants 78, 88 et 90, articles 29 et 30, EUR-Lex, 13 décembre 2023.
- Amazon EC2 On-Demand Pricing, section Data Transfer, page de tarifs publique d'Amazon Web Services, consultée le 14 octobre 2026.
Dernière vérification : 14/10/2026
Il écrit GadGeek, avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle pour la recherche documentaire et la mise en forme. Aucun texte n'est publié sans sa relecture : sources recoupées, chiffres vérifiés, erreurs corrigées en clair.