Octave Klaba et l’IA : ce que l’audition du PDG d’OVHcloud révèle de notre dépendance technologique
Entendu par les députés le 30 septembre 2026, Octave Klaba a expliqué pourquoi OVHcloud mise sur l'IA. Ce que son constat dit de qui contrôle les modèles, les puces et le droit applicable, et ce que vous pouvez faire dès maintenant.

Octave Klaba, PDG d’OVHcloud, a défendu devant les députés une position nette sur l’IA : son entreprise investit, parce que rester à l’écart lui coûterait davantage. Son diagnostic dérange plus que l’annonce : les technologies de l’IA sont surtout américaines ou chinoises, et aucun acteur technologique européen ne veut y investir. Pour vous, la vraie question devient donc : qui tient les puces, le cloud et le modèle derrière l’outil que vous utilisez chaque jour ?
En bref
- Le PDG d’OVHcloud a été entendu par les députés le mercredi 30 septembre 2026 à 11 h (annonce officielle).
- Octave Klaba estime qu’OVHcloud prendrait un risque en n’investissant pas dans l’IA, et déplore qu’aucun acteur technologique européen ne veuille investir dans la technologie de l’IA. OVHcloud dit vouloir entraîner ses propres modèles.
- Un service d’IA repose sur trois couches distinctes : les puces, l’hébergement et le modèle. Chacune a son propriétaire et son droit applicable.
- Un hébergement en France ne traite que la deuxième couche. La dépendance matérielle demeure.
- Vous pouvez réduire votre exposition avec un hébergeur relevant du seul droit européen et des modèles dont les poids sont publiés.
Ce qu’Octave Klaba a dit aux députés sur l’IA
Au Palais-Bourbon, les élus chargés des questions économiques avaient fixé un programme large : stratégie du groupe, centres de données, cloud, souveraineté des données, transparence des services, implantation en France et en Europe (programme publié par l’Assemblée). L’audition n’a pas fait l’objet d’un compte rendu écrit : le compte rendu n° 126 de la commission renvoie au portail vidéo de l’Assemblée. Les propos cités ci-dessous ont donc été vérifiés par GadGeek sur l’enregistrement, dans sa version publiée par LCP sur YouTube, par deux transcriptions automatiques concordantes (horodatages de cette version).

Capture de la page « Audition du PDG d’OVHcloud » (assemblee-nationale.fr), le 06/10/2026.
La parole d’Octave Klaba pèse lourd ici. Fondateur de l’entreprise, il est président-directeur général depuis le 20 octobre 2025, date à laquelle le conseil d’administration a réuni les fonctions de président et de directeur général (communiqué d’OVH Groupe). Ce qu’il dit de l’IA engage donc directement la stratégie de l’hébergeur.
La phrase qui résume sa ligne, relevée aussi par LCP, tombe vers 33 min 15 s de la vidéo : « on est arrivé à la conclusion que c’est trop risqué de ne pas investir dans l’intelligence artificielle ». Il explique ensuite qu’OVHcloud a commencé depuis le début de l’année à racheter des entreprises pour leurs talents, afin d’entraîner ses propres modèles depuis zéro sur trois métiers : la sécurité, offensive et défensive, parce que l’IA permet selon lui de découvrir des failles et de pénétrer des systèmes à une vitesse inédite ; le développement de logiciels ; et les agents pour les fonctions finance, juridique, ressources humaines et chaîne d’approvisionnement. Ces modèles seraient d’abord pour ses propres besoins, puis proposés aux clients.
Pour un lecteur de GadGeek, le passage le plus parlant concerne l’open source, et il est plus précis que ce qu’en ont retenu les comptes rendus. Juste avant, vers 32 min 47 s, Octave Klaba explique qu’on fait beaucoup confiance aux modèles ouverts parce qu’ils sont bons, mais qu’ils sont chinois : « on ne sait pas ce qui va se passer demain vis-à-vis de cette open source là ». Il se demande si cette ouverture est temporaire, le temps de rendre les utilisateurs dépendants de ces modèles. Même la stratégie qui consiste à s’appuyer sur des modèles publiés par d’autres comporte donc une part d’inconnu, et une dépendance géopolitique.
Pourquoi le pari IA d’Octave Klaba vous concerne aussi
Notre lecture, qui reste une analyse : le raisonnement d’Octave Klaba est celui d’un fournisseur d’infrastructure qui voit la demande se déplacer. Si les entreprises consomment de plus en plus de calcul pour l’IA, un hébergeur qui ne propose ni puces graphiques ni modèles prêts à l’emploi voit ses clients partir chez ceux qui le font. Pour OVHcloud, ne rien faire reviendrait à laisser l’IA de ses propres clients tourner ailleurs.
Le même mécanisme joue à l’échelle d’un utilisateur. Chaque fois que vous adoptez un assistant d’IA, vous confiez vos requêtes et vos documents à une chaîne d’acteurs. Faute d’option européenne crédible, le choix se fait par défaut chez les fournisseurs dominants, et la dépendance s’installe sans décision consciente. C’est précisément ce que recouvre la souveraineté technologique : ne pas dépendre d’un tiers pour une capacité jugée essentielle.
Une distinction s’impose pourtant. Investir dans l’IA n’équivaut pas à maîtriser l’IA. Un hébergeur européen peut acheter des milliers de puces et proposer des modèles tout en restant lié à leurs concepteurs. C’est précisément ce qu’OVHcloud dit vouloir éviter en entraînant ses propres modèles ; mais tant que ces modèles ne sont pas publiés, on ne peut pas juger du résultat, et les puces restent conçues ailleurs.
Les trois couches de dépendance d’un service d’IA
Pour mesurer ce qu’un hébergeur européen change réellement, il faut séparer les couches. Le tableau suivant les croise avec les trois dimensions que GadGeek applique à chaque sujet : où sont les données, quel droit s’applique à l’opérateur, qui maîtrise la technologie.
| Couche | Localisation des données | Droit applicable à l’opérateur | Maîtrise technologique |
|---|---|---|---|
| Puces de calcul (GPU) | Sans objet : la puce traite, elle ne stocke pas durablement | Droit du pays du concepteur pour l’export et les mises à jour logicielles | Essentiellement hors d’Europe (selon le diagnostic d’Octave Klaba, les technologies de l’IA sont principalement américaines ou chinoises) |
| Hébergement (cloud) | Choisie par le client chez un hébergeur européen | Droit européen si l’opérateur n’est soumis à aucune loi étrangère | Possible en Europe : c’est le métier d’OVHcloud |
| Modèle d’IA | Dépend de qui exécute le modèle | Licence fixée par l’éditeur du modèle | Élevée si les poids sont publiés et exécutables chez soi, nulle si le modèle n’est accessible que par API |
Ce découpage montre où agit un acteur comme OVHcloud : sur la deuxième ligne. C’est utile, mais insuffisant à lui seul.
Qui contrôle l’IA que vous utilisez ?
Où vont vos données
Quand vous utilisez un assistant d’IA en ligne, votre texte part vers les serveurs de l’éditeur ou de son hébergeur. Si cet opérateur relève du droit américain, le CLOUD Act l’oblige à remettre les données qu’il détient ou contrôle, où qu’elles soient stockées, aux États-Unis comme à l’étranger (18 U.S.C. § 2713). Un centre de données à Paris n’y change rien si la maison mère est soumise à cette loi. Nous détaillons le mécanisme dans notre article sur le CLOUD Act.
Qui décide
Deuxième question : pouvez-vous partir ? Un modèle accessible seulement par l’API de son éditeur vous lie à ses tarifs, à ses conditions et à ses décisions de retrait. Un modèle dont les poids sont publiés peut tourner chez un autre hébergeur, voire sur votre propre machine. C’est toute la différence entre louer un service et disposer d’un outil. L’inquiétude d’Octave Klaba sur l’avenir de l’open source rappelle cependant qu’une licence ouverte aujourd’hui peut se durcir pour les versions suivantes : les versions déjà publiées restent utilisables selon leur licence, mais la feuille de route vous échappe.
Comment reprendre la main
Trois leviers concrets, du plus simple au plus exigeant :
- Choisir un hébergeur relevant du seul droit européen pour vos usages professionnels de l’IA. OVHcloud indique que ses offres qualifiées SecNumCloud sont exploitées exclusivement par du personnel basé en Europe et que les données des clients ne relèvent que de la réglementation européenne (page SecNumCloud d’OVHcloud). SecNumCloud est le référentiel de l’ANSSI, et la qualification vise des offres précises, pas tout le catalogue d’un fournisseur : le catalogue de l’ANSSI (version du 15 septembre 2026) liste trois offres d’OVH : Hosted Private Cloud powered by VMware, Bare Metal Pod et SNC Cloud Platform.
- Préférer des modèles aux poids publiés, servis par un opérateur européen. OVHcloud a lancé en avril 2024, en version alpha, une plateforme, AI Endpoints, qui donne accès à des modèles ouverts, dont ceux de Mistral AI et Llama (annonce d’OVHcloud). Notre comparatif des alternatives françaises et européennes à ChatGPT recense d’autres options.
- Faire tourner un petit modèle en local pour les documents sensibles. Limite honnête : les modèles qui tiennent sur un ordinateur personnel sont moins performants que les plus gros, et la carte graphique de votre machine a, elle aussi, été conçue hors d’Europe.
Aucun de ces leviers ne supprime la dépendance matérielle. Ils réduisent l’exposition juridique et le risque d’enfermement, ce qui compte déjà beaucoup.
Ce que l’Union européenne met sur la table
Le manque d’investisseurs européens pointé par Octave Klaba se lit en regard du plan de la Commission européenne. Son plan d’action AI Continent prévoit 20 milliards d’euros mobilisés par l’initiative InvestAI pour financer jusqu’à cinq gigafactories d’IA, au moins 13 AI factories opérationnelles en 2026 (sur un budget de 10 milliards d’euros de 2021 à 2027), et l’objectif de tripler la capacité des centres de données de l’Union d’ici cinq à sept ans (Commission européenne).
Ces montants financent surtout du calcul, donc la deuxième couche du tableau. Ils ne font pas naître à eux seuls un concepteur européen de puces ni un modèle de pointe. Ils soulèvent aussi une question déjà traitée à propos de la consommation des datacenters en Europe : tripler la capacité exige de l’électricité et de l’eau, donc des arbitrages locaux.
Chez OVHcloud, le mouvement se voit dans les qualifications : l’entreprise a annoncé le 1er septembre 2026 la qualification SecNumCloud de sa plateforme de cloud public SNC Cloud Platform, sa troisième, avec un déploiement prévu en Italie, en Allemagne et en Pologne (communiqué d’OVHcloud). Le catalogue de l’ANSSI date cette qualification du 31 juillet 2026, valable jusqu’au 31 juillet 2029. C’est une brique de confiance juridique sur laquelle des services d’IA peuvent reposer.

Capture de l’extrait du catalogue des produits et services qualifiés de l’ANSSI (PDF du 15/09/2026, p. 76), le 06/10/2026.
Les angles morts de l’audition
Trois points méritent d’être nuancés, parce qu’un compte rendu enthousiaste les passerait sous silence.
- La dépendance matérielle n’a pas de solution à court terme, selon nous. Même un service hébergé en France, par un opérateur français qualifié SecNumCloud, tourne sur des puces conçues ailleurs. La souveraineté porte alors sur les données et le droit, pas sur la technologie.
- L’investissement d’un acteur privé suit sa rentabilité. Le discours d’Octave Klaba est celui d’un dirigeant qui justifie sa stratégie devant des élus. Il se tient, mais il ne remplace ni une politique publique ni une évaluation indépendante des résultats.
- L’open source n’est pas une garantie éternelle. Bâtir sur des modèles publiés par des acteurs étrangers déplace la dépendance plus qu’il ne la supprime. Conserver une copie des versions utilisées et documenter leur licence est une précaution simple.
Notre jugement : le diagnostic d’Octave Klaba se tient, et sa stratégie a du sens pour OVHcloud, à condition que les modèles annoncés voient le jour. Pour un utilisateur ou une organisation, la leçon est plus concrète : choisissez d’abord votre hébergeur et votre modèle selon le droit applicable et votre capacité à partir, ensuite seulement selon leurs performances.
Questions fréquentes
Quand Octave Klaba a-t-il été entendu par les députés ?
Le mercredi 30 septembre 2026 à 11 h, par la commission des affaires économiques. Les échanges portaient sur la stratégie d’OVHcloud, les centres de données, le cloud et la souveraineté des données. Il n’existe pas de compte rendu écrit : seule la vidéo fait foi.
Un cloud hébergé en France est-il souverain ?
Pas forcément. La localisation des données ne dit rien du droit auquel l’opérateur est soumis : la filiale d’un groupe américain reste concernée par le CLOUD Act. Notre article sur le cloud souverain détaille les critères à vérifier.
Qu’est-ce que SecNumCloud change pour l’IA ?
SecNumCloud est un référentiel de l’ANSSI qui impose notamment des exigences de protection face aux lois extra-européennes. Il couvre l’hébergement, ni le modèle d’IA ni les puces. Un service d’IA bâti sur une offre qualifiée bénéficie de cette protection pour la seule couche hébergement.
Un modèle open source suffit-il à garantir l’indépendance ?
Non. Il permet de changer d’hébergeur ou d’exécuter le modèle chez soi, ce qui représente un vrai gain. Mais l’éditeur décide des versions futures et de leur licence, et le matériel reste fourni par des acteurs étrangers.
Que puis-je faire dès maintenant ?
Listez les outils d’IA que vous utilisez, puis notez pour chacun l’éditeur du modèle, l’hébergeur et le pays de sa maison mère. Pour les usages sensibles, basculez vers un opérateur relevant du seul droit européen ou vers un modèle exécuté en local.
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Sources
- Audition du PDG d’OVHcloud, Assemblée nationale, https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/actualites-accueil-hub/audition-du-pdg-d-ovhcloud, 30/09/2026.
- Commission des affaires économiques, compte rendu n° 126 (sans compte rendu écrit de l’audition), Assemblée nationale, https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/comptes-rendus/cion-eco/l17cion-eco2526126_compte-rendu, 30/09/2026.
- Vidéo de l’audition, portail vidéo de l’Assemblée nationale, https://videos.assemblee-nationale.fr/video.19471620_6abccf18f0e48.commission-des-affaires-economiques–m-octave-klaba-president-directeur-general-d-ovhcloud-30-septembre-2026, 30/09/2026.
- Audition d’Octave Klaba, pdg d’OVHcloud, sur son groupe et les enjeux actuels du numérique (vidéo), LCP sur YouTube, https://www.youtube.com/watch?v=vyJI8t_h12E, 30/09/2026 (passages cités vérifiés à 32 min 47 s et 33 min 15 s).
- En Europe, on n’a pas d’acteur technologique qui souhaite investir dans l’intelligence artificielle, déplore Octave Klaba (OVHcloud), LCP, https://lcp.fr/actualites/en-europe-on-n-a-pas-d-acteur-technologique-qui-souhaite-investir-dans-l-intelligence, 30/09/2026.
- Pour Octave Klaba, il est trop risqué de ne pas investir dans l’IA, Next, https://next.ink/259208/pour-octave-klaba-il-est-trop-risque-de-ne-pas-investir-dans-lia/, 01/10/2026.
- OVHcloud fait évoluer sa gouvernance : Octave Klaba est nommé Président-Directeur Général, communiqué d’OVH Groupe, https://www.ledevoir.com/communiques-de-presse/926691/ovhcloud-fait-evoluer-gouvernance-reunification-fonctions-president-conseil-administration-directeur-general-octave-klaba-est-nomme-president-directeur-general, 21/10/2025.
- AI Continent Action Plan, Commission européenne, https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/factpages/ai-continent-action-plan, mise à jour du 07/05/2025.
- OVHcloud obtains SecNumCloud qualification for SNC Cloud Platform and expands it across Europe, OVHcloud, https://corporate.ovhcloud.com/en/newsroom/news/ovhcloud-obtains-secnumcloud-qualification-snc-cloud-platform/, 01/09/2026.
- SecNumCloud: ANSSI Security Visa, OVHcloud, https://www.ovhcloud.com/en/compliance/secnumcloud/.
- OVHcloud unveils Alpha version of AI Endpoints, OVHcloud, https://corporate.ovhcloud.com/en/newsroom/news/ai-endpoints-alpha/, 09/04/2024.
- 18 U.S. Code § 2713, Legal Information Institute, Cornell Law School, https://www.law.cornell.edu/uscode/text/18/2713.
- Catalogue des produits, services et sites certifiés, qualifiés, agréés, ANSSI, https://messervices.cyber.gouv.fr/visas/catalogue-produits-services-profils-de-protection-sites-certifies-qualifies-agrees-anssi.pdf, version du 15/09/2026.
Dernière vérification : 06/10/2026
Il écrit GadGeek, avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle pour la recherche documentaire et la mise en forme. Aucun texte n'est publié sans sa relecture : sources recoupées, chiffres vérifiés, erreurs corrigées en clair.


