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Nextcloud Write, alternative à Google Docs et à Word : ce que vous contrôlez vraiment

Nextcloud Write promet un traitement de texte collaboratif qui tourne sur vos serveurs. Il garde vos documents chez vous, à condition de bien choisir l'hébergeur, le moteur d'édition et l'IA.

Par , fondateur de GadGeek Publié le
Mains tapant sur le clavier d'un ordinateur portable posé sur un bureau, à côté de documents
Photo : Thirdman sur Pexels

Nextcloud Write est l’éditeur de texte collaboratif de Nextcloud Office, mis en avant le 5 octobre 2026 comme une alternative à Google Docs et à Word que l’on installe sur son propre serveur ou chez un hébergeur de son choix. Nextcloud Office s’appuie désormais sur Euro-Office, un dérivé européen d’OnlyOffice sous licence AGPL. Vos fichiers restent sur vos machines, mais votre contrôle réel tient à trois choix : qui exploite le serveur, quel moteur d’édition tourne derrière, et vers où part l’assistant d’IA.

  • Ce que c’est : un traitement de texte en ligne avec coédition en direct, suivi des modifications, commentaires et historique des versions, intégré à Nextcloud.
  • Le moteur : Euro-Office (AGPL, fourche d’OnlyOffice), mis en avant par Nextcloud ; Collabora Online (MPL 2.0, basé sur LibreOffice) reste proposé.
  • Le point fort : le code est ouvert et l’instance vous appartient, aucun éditeur tiers n’a les documents par construction.
  • Le point de vigilance : un Nextcloud hébergé chez un fournisseur soumis au droit américain, ou branché sur une IA externe, réintroduit la dépendance que l’on voulait éviter.
  • Le contexte : Euro-Office est né d’un conflit de licence ouvert avec OnlyOffice, qui a suspendu son partenariat avec Nextcloud le 31 mars 2026.

Ce que Nextcloud annonce avec Write

Dans son billet du 5 octobre 2026, Nextcloud décrit Write comme un éditeur complet pensé pour les documents d’entreprise : contrats, propositions commerciales, rapports, procédures internes. La liste des fonctions couvre l’essentiel de ce qu’on attend d’un Google Docs : plusieurs personnes écrivent en même temps avec un curseur coloré chacune, les corrections se proposent en mode révision puis s’acceptent ou se refusent, les remarques se posent en marge, les versions s’enregistrent automatiquement et se comparent. S’y ajoutent des modèles, le partage par lien public ou par droits fins, la coédition entre instances Nextcloud distinctes (fédération), et une édition hors ligne synchronisée au retour du réseau.

Côté formats, l’éditeur ouvre le DOCX de Word et l’ODT, le format ouvert normalisé. La page produit de Nextcloud Office ajoute le PDF et le Markdown, et range Write aux côtés d’un tableur, d’un outil de présentation et d’un éditeur de PDF. Le billet renvoie à l’offre Enterprise, avec support de l’éditeur, sans en indiquer le prix.

Billet de Nextcloud du 5 octobre 2026 présentant Nextcloud Write, avec la capture d'écran publiée par l'éditeur

Capture du billet de Nextcloud sur Write (nextcloud.com), le 06/10/2026 ; l’image du document est celle publiée par Nextcloud, pas un test de GadGeek.

Un point mérite d’être dit clairement : Write n’est pas un logiciel sorti de nulle part. C’est le nom donné à la brique « traitement de texte » de Nextcloud Office, dont le moteur a changé en 2026. Pour juger ce que vous maîtrisez, il faut donc regarder ce moteur.

Deux moteurs sous le capot : Euro-Office ou Collabora Online

Nextcloud ne réalise pas lui-même le rendu des documents. Il s’appuie sur une suite bureautique séparée. Nextcloud avait annoncé la première version d’Euro-Office pour le 9 juin 2026, et la page de Nextcloud Office se présente aujourd’hui comme basée sur cette suite. Le billet du 5 octobre précise qu’on peut faire tourner Nextcloud Office avec Euro-Office ou avec Collabora Online, et passer de l’un à l’autre sans perdre de données. Le communiqué Hub 26 Summer du 16 septembre 2026 place au centre de la version le client de bureau d’Euro-Office, que la page produit annonçait encore, le 6 octobre, pour les semaines à venir : vérifiez sa disponibilité avant de compter dessus.

Critère Euro-Office Collabora Online Docs (La Suite numérique)
Origine du code Fourche d’OnlyOffice Technologie LibreOffice Développement propre (BlockNote, sur ProseMirror, et Yjs)
Licence AGPL-3.0 MPL 2.0 MIT
Porteurs Consortium d’entreprises européennes (IONOS, Nextcloud, XWiki, OpenProject…) Collabora Productivity DINUM (France) et ZenDiS (Allemagne)
Point fort revendiqué Fidélité aux formats Microsoft Priorité au format ouvert ODF Prise de notes et documentation collaboratives
Formats DOCX, XLSX, PPTX, ODT, ODS, ODP, PDF… Formats Microsoft et ODF Export DOCX, ODT, PDF ; import DOCX et Markdown
Fonctionne seul ? Non, conçu pour s’intégrer à un autre produit (partage de fichiers, wiki…) Intégré à Nextcloud Office (autres usages non vérifiés ici) Oui, application autonome

Sources du tableau : dépôts Euro-Office sur GitHub, communiqué de Nextcloud du 28 mai 2026, billet du 5 octobre, page Nextcloud Office, licence de Collabora Online, dépôt de Docs. Les points forts sont ceux que revendiquent les projets, pas un banc d’essai de GadGeek.

Notre lecture : si vos échanges passent surtout par des fichiers Word envoyés à des clients ou à l’administration, Euro-Office est le choix logique, puisque sa promesse est justement la mise en page fidèle des formats Microsoft. Si votre organisation a déjà basculé vers l’ODF, ou si vous tenez à un moteur dont la gouvernance est stable depuis longtemps, Collabora Online reste un choix solide. Docs, enfin, n’est pas un concurrent direct : c’est un outil de rédaction collaborative à la Notion, sans prétention de remplacer Word pour un contrat mis en page.

Une alternative à Google Docs née d’un conflit de licence

Euro-Office repose, selon ses propres dépôts, sur le code libre d’OnlyOffice, publié sous AGPL. Le projet a été annoncé en mars 2026 par un groupe d’entreprises européennes. OnlyOffice a réagi le 30 mars en publiant un billet qui reproche au projet d’avoir retiré la marque et les mentions d’attribution exigées par ses conditions additionnelles, qu’il qualifie de :

« an evident and material violation of ONLYOFFICE licensing terms and of established principles of international intellectual property law » (ONLYOFFICE, 30 mars 2026)

Le lendemain, OnlyOffice a suspendu son partenariat avec Nextcloud, tout en précisant qu’il continuerait à maintenir son connecteur pour Nextcloud. Nextcloud a répondu dans un billet du 17 avril 2026 en s’appuyant sur la section 7 de la licence elle-même : lorsqu’un programme sous AGPL contient une condition qui constitue une restriction supplémentaire, le texte autorise celui qui le reçoit à la retirer (texte de l’AGPL v3). Pour Nextcloud, un logo de produit n’est pas une simple mention d’auteur, et l’éditeur affirme que la Free Software Foundation a confirmé cette lecture. Aucun tribunal ne s’est prononcé à notre connaissance.

Pour l’utilisateur, ce feuilleton n’est pas anecdotique. Il rappelle qu’un logiciel libre peut être repris et poursuivi par d’autres quand l’éditeur d’origine ne convient plus : c’est exactement la garantie que l’on cherche en quittant un service fermé. Il rappelle aussi qu’une fourche vit de ses contributeurs : la durabilité d’Euro-Office dépendra de la capacité du consortium à maintenir un code volumineux, que ses membres disent être en train de revoir et de nettoyer en profondeur.

Qui contrôle vos documents avec Nextcloud Write ?

Le discours commercial résume tout à « vos données ne quittent pas vos serveurs ». C’est vrai sur le principe, et c’est la vraie différence avec une suite hébergée par son éditeur. Mais la souveraineté des données se joue sur trois dimensions distinctes, et Write n’en règle qu’une d’office.

Où vont les données : là où tourne votre Nextcloud

Avec Google Docs ou Word en ligne, le texte de chaque document est stocké et traité sur l’infrastructure de l’éditeur. Avec Write, il est stocké sur l’instance Nextcloud et rendu par le serveur bureautique que vous lui associez. Si vous installez les deux sur une machine de votre parc, personne d’autre n’y a accès. Si vous louez un Nextcloud « clé en main », les documents sont chez cet hébergeur : la question devient celle de sa localisation et de ses contrats.

Qui décide : le droit qui s’applique à l’opérateur

Héberger en Europe ne suffit pas. Un serveur situé à Francfort mais exploité par une filiale d’un groupe américain reste exposé aux demandes fondées sur le CLOUD Act. Installer Write chez un fournisseur européen sans maison mère extra-européenne, ou sur votre propre matériel, ferme cette porte. Notre comparatif du cloud européen recense des hébergeurs européens. La réversibilité, elle, est bonne : les fichiers sont des DOCX ou ODT ordinaires, que vous pouvez récupérer et ouvrir ailleurs sans conversion propriétaire.

La faille discrète : l’assistant d’IA

Nextcloud met en avant l’intégration de son Assistant dans Write. Or la documentation d’administration montre que cet assistant accepte plusieurs fournisseurs : l’application llm2, qui fait tourner un modèle ouvert sur votre propre matériel, ou une intégration vers l’API d’OpenAI et d’autres services externes. Nextcloud note lui-même ces options : vert pour llm2, rouge pour l’intégration par l’API d’OpenAI, orange pour des fournisseurs européens comme IONOS ou Mistral AI, dont les données ne restent pas non plus sur vos serveurs. Concrètement, un administrateur qui branche l’Assistant sur une IA externe renvoie des extraits de documents vers un tiers, ce qui annule une partie de l’intérêt de l’auto-hébergement. La règle simple : IA locale ou pas d’IA pour les documents sensibles.

Documentation d'administration de Nextcloud : notation des fournisseurs d'IA, vert pour le modèle local llm2, rouge pour l'API d'OpenAI, orange pour IONOS et Mistral AI

Capture du tableau de notation des fonctions d’IA dans la documentation d’administration de Nextcloud, le 06/10/2026.

La maîtrise technologique : réelle, mais partagée

Le serveur Nextcloud est sous licence AGPL-3.0, Euro-Office aussi, Collabora Online sous MPL 2.0. Vous pouvez auditer, modifier, faire maintenir par un prestataire de votre choix. En contrepartie, vous assumez les mises à jour de sécurité, les sauvegardes et la disponibilité : c’est le prix du contrôle, et il n’est pas nul pour une petite structure sans informaticien.

Pour qui cette alternative à Google Docs est pertinente

Notre avis, fondé sur les fonctions documentées et non sur un test en charge que nous n’avons pas mené :

  • Organisation qui a déjà Nextcloud : passer à Write est l’étape la plus rentable. Le stockage, les comptes et les partages existent déjà, il reste à choisir le moteur bureautique.
  • Cabinet, association ou collectivité qui manipule des documents confidentiels : c’est le profil type, à condition de passer par un hébergeur européen ou un prestataire local, et de désactiver toute IA externe.
  • Particulier ou indépendant seul : héberger un Nextcloud et un serveur bureautique pour écrire quelques lettres est disproportionné. Un traitement de texte installé sur l’ordinateur, comme LibreOffice, et une synchronisation de fichiers suffisent. Notre sélection d’alternatives à Google Drive couvre ce besoin.
  • Équipe qui rédige surtout de la documentation interne : Docs, de La Suite numérique, colle mieux à l’usage, avec un outil plus léger et l’export DOCX ou ODT quand il le faut.

Le cas limite à anticiper : la mise en page. Toute alternative à Word se juge sur les documents complexes (styles imbriqués, tableaux larges, champs de fusion). Avant une migration, ouvrez dans Write une dizaine de vos modèles les plus exigeants et comparez le rendu. C’est la seule façon de savoir si la fidélité promise tient pour vos fichiers à vous. Pour la démarche d’ensemble, notre méthode pour réduire sa dépendance aux GAFAM détaille l’ordre des étapes.

Questions fréquentes

Nextcloud Write est-il gratuit ?

Le code de Nextcloud et d’Euro-Office est publié sous licence libre et peut être installé sans payer de licence. Nextcloud vend en revanche une offre Enterprise avec support, dont le prix n’est pas indiqué dans les pages consultées. Un hébergement chez un prestataire reste aussi payant.

Peut-on ouvrir et renvoyer des fichiers Word ?

Oui, le DOCX est pris en charge en lecture et en écriture, tout comme l’ODT. Euro-Office met en avant la fidélité aux formats Microsoft. Vérifiez quand même vos modèles les plus complexes avant de basculer.

Faut-il un serveur pour utiliser Write ?

Oui. Write fonctionne au sein d’une instance Nextcloud, associée à un serveur bureautique (Euro-Office ou Collabora Online). Vous pouvez l’installer vous-même ou louer une instance gérée.

Euro-Office, c’est OnlyOffice ?

Euro-Office est une fourche du code libre d’OnlyOffice, maintenue par un consortium européen. OnlyOffice conteste la façon dont ses conditions d’attribution ont été retirées ; Nextcloud invoque la section 7 de l’AGPL. Les deux logiciels évoluent désormais séparément.

L’IA de Nextcloud envoie-t-elle mes documents à l’extérieur ?

Cela dépend du fournisseur configuré par l’administrateur. Avec l’application llm2, le modèle tourne sur vos propres serveurs. Avec l’intégration OpenAI, les requêtes partent chez ce fournisseur.

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Sources

  1. Nextcloud Write: the open source Microsoft Word and Google Docs alternative for collaborative document editing, Nextcloud, https://nextcloud.com/blog/nextcloud-write-open-source-word-google-docs-alternative/, 05/10/2026
  2. Nextcloud Office, Nextcloud, https://nextcloud.com/office/, consultée le 06/10/2026
  3. Sovereign office suite Euro-Office to release June 9, Nextcloud, https://nextcloud.com/blog/press_releases/sovereign-office-suite-euro-office-to-release-june-9/, 28/05/2026
  4. Nextcloud Hub 26 Summer, Nextcloud, https://nextcloud.com/blog/press_releases/hub-26-summer/, 16/09/2026
  5. Euro-Office, organisation GitHub, https://github.com/Euro-Office, consultée le 06/10/2026
  6. ONLYOFFICE flags license violations in Euro-Office project by Nextcloud and IONOS, ONLYOFFICE, https://www.onlyoffice.com/blog/2026/03/onlyoffice-flags-license-violations-in-euro-office-project-by-nextcloud-and-ionos, 30/03/2026
  7. Partnership with Nextcloud suspended, ONLYOFFICE, https://www.onlyoffice.com/blog/2026/03/partnership-with-nextcloud-suspended, 31/03/2026
  8. Euro-Office: License compliance and what open source means, Nextcloud, https://nextcloud.com/blog/euro-office-license-compliance-and-what-open-source-means/, 17/04/2026
  9. Collabora Online, fichier de licence (MPL 2.0), https://github.com/CollaboraOnline/online/blob/master/COPYING, consulté le 06/10/2026
  10. GNU Affero General Public License v3, Open Source Initiative, https://opensource.org/license/agpl-v3, 2007
  11. Collabora Online, Collabora Productivity, https://www.collaboraonline.com/collabora-online/, consultée le 06/10/2026
  12. Nextcloud server, Nextcloud, https://github.com/nextcloud/server, consultée le 06/10/2026
  13. Overview of AI features, documentation d’administration Nextcloud, https://docs.nextcloud.com/server/latest/admin_manual/ai/overview.html, consultée le 06/10/2026
  14. Docs, La Suite numérique (DINUM et ZenDiS), https://github.com/suitenumerique/docs, consultée le 06/10/2026

Dernière vérification : 06/10/2026

Damien Hernandez
Fondateur et rédacteur de GadGeek

Il écrit GadGeek, avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle pour la recherche documentaire et la mise en forme. Aucun texte n'est publié sans sa relecture : sources recoupées, chiffres vérifiés, erreurs corrigées en clair.

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