Infomaniak en bourse : la fondation garde le contrôle, voici ce qui change pour vos données
Depuis le 1er octobre 2026, les actions B d'Infomaniak s'échangent à Zurich, mais une fondation genevoise garde 63,3 % des voix. Nous avons refait les calculs pour voir ce que ce verrou protège vraiment, et ce qu'il ne protège pas.

Infomaniak est en bourse depuis le 1er octobre 2026, mais personne ne peut racheter l’hébergeur genevois sans l’accord de sa fondation. Seules les actions B, qui portent l’essentiel de la valeur économique, s’échangent désormais à la SIX Swiss Exchange, avec INFO pour code. La Fondation Infomaniak garde 63,3 % des droits de vote (source : Infomaniak) grâce à des actions A qui restent hors marché. Pour vos données, rien ne bouge : même société suisse, mêmes centres de données. Ce qui change, c’est qui finance l’entreprise.
- Il ne s’agit pas d’une introduction en bourse classique : Infomaniak a repris une société déjà cotée, Perrot Duval Holding, et l’opération n’a levé aucun argent.
- Nous avons refait le calcul : les actions A représentent 63,3 % des voix, mais seulement 14,7 % du capital nominal (relevé GadGeek sur les chiffres de SIX).
- Sur les décisions les plus lourdes du droit suisse (changer le but de la société, transférer le siège, la dissoudre), la fondation peut bloquer seule, mais ne peut pas décider seule.
- La première séance a été très agitée : premier cours à 56 francs, pointe à 140 francs, dernière transaction à 85 francs selon les données de SIX.
Ce qui s’est passé le 1er octobre 2026
Selon les données de cours publiées par SIX, la séance a ouvert à 56 francs suisses ; à ce prix, les 4 670 103 actions B cotées valaient environ 261,5 millions de francs (notre calcul). Dans son communiqué, l’opérateur de la Bourse suisse présente Infomaniak comme la première entreprise certifiée B Corp admise à sa cote, et comme le premier acteur spécialisé du cloud souverain à y figurer. L’entreprise est née à Genève en 1994. Marc Oehler la dirige, et son fondateur, Boris Siegenthaler, y pilote la stratégie.
La séance a ensuite décollé. La fiche de l’action sur le site de SIX indique un plus haut à 140 francs et un plus bas à 56 francs, tous deux le 1er octobre. Les données de cours que nous avons relevées le 6 octobre sur le même site placent la dernière transaction du jour à 85 francs, à 17 h 39. ICTjournal, citant aussi SIX, a publié le lendemain un dernier cours de 83,45 francs : l’écart tient sans doute au choix entre cours de clôture et dernière transaction, que nous n’avons pas pu trancher. Sur la base de 85 francs, les 4 670 103 actions B valent 397 millions de francs, soit une hausse de 52 % sur la journée (source : SIX, notre calcul). Ce montant ne compte que les titres échangés, les actions A de la fondation n’ayant pas de cours.

Capture de la fiche de l’action INFO sur six-group.com, le 06/10/2026.
| Élément | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Place et code | SIX Swiss Exchange ; INFO | SIX, Infomaniak |
| Mode d’entrée | Reprise inversée de Perrot Duval Holding SA | SIX, communiqué du prospectus |
| Actions A (hors marché) | 8 050 226, nominal 0,025 franc | SIX |
| Actions B (échangées) | 4 670 103, nominal 0,25 franc | SIX |
| Chiffre d’affaires net 2025 (audité) | 54,2 millions de francs (+13,8 %) | (source : communiqué du prospectus) |
| Effectif au 30 juin 2026 | 337 personnes, en Suisse | Communiqué du prospectus |
| Argent levé par l’opération | Aucun | Communiqué du prospectus |
Une entrée en bourse sans levée de fonds
Le détail compte pour comprendre la suite. Infomaniak n’a pas vendu de titres nouveaux au public ce jour-là. Elle est passée par une reprise inversée : Perrot Duval Holding, cotée à la Bourse suisse depuis 1905 selon la page investisseurs, a acquis Infomaniak Group SA en échange d’actions nouvelles, puis a été renommée Infomaniak SA. Les actionnaires d’Infomaniak sont ainsi devenus majoritaires dans l’ensemble. Le communiqué publié avec le prospectus le 2 septembre 2026 précise que l’opération ne rapporte rien à la société.
Pourquoi alors franchir le pas ? L’annonce d’Infomaniak du 1er octobre avance trois motifs. D’abord, se donner les moyens de financer plus tard de nouveaux centres de données, des embauches et de la recherche. Ensuite, offrir aux grands comptes et aux institutions la transparence qu’impose le statut de société cotée. Enfin, mieux recruter et garder ses équipes. Selon le communiqué qui le résume, le prospectus mentionne notamment un futur centre de données, baptisé D5, de 2,5 mégawatts prévu pour 2028. Autrement dit, la bourse est un outil pour trouver de l’argent demain, par augmentation de capital. La page investisseurs précise que le prospectus prévoit déjà un capital conditionnel et une marge de fluctuation du capital, sans qu’aucune décision de recours au marché ait été prise. C’est là que la question du contrôle devient concrète.
Qui contrôle Infomaniak après son entrée en bourse ?
La réponse courte : la Fondation Infomaniak, dont l’intérêt public est reconnu et qui relève de l’autorité de surveillance genevoise, selon la page investisseurs de l’entreprise. Elle possède toutes les actions A. Celles-ci restent hors marché, et les céder supposerait un vote unanime du conseil de fondation. Le communiqué du prospectus résume l’objectif : « Aucune prise de contrôle ne serait possible sans son accord » (communiqué du 2 septembre 2026).

Capture de l’espace investisseurs d’Infomaniak (infomaniak.com), rubrique « Infomaniak peut-elle être rachetée maintenant qu’elle est en bourse ? », le 06/10/2026.
Nous avons vérifié d’où vient ce chiffre de 63,3 %, à partir des nombres de titres publiés par SIX (source : communiqué de SIX du 1er octobre 2026). Si chaque action porte une voix, les 8 050 226 actions A pèsent 63,3 % des 12 720 329 voix au total. Mais leur nominal est dix fois plus faible que celui des actions B. En capital nominal, elles ne représentent donc que 201 256 francs, contre 1 167 526 francs pour les actions B : 14,7 % contre 85,3 %. La fondation tient les votes avec une petite part de l’argent. C’est le principe des actions à droit de vote privilégié, que l’article 693 du Code des obligations encadre : les statuts peuvent accorder une voix par action quelle que soit sa valeur nominale, mais l’écart de nominal entre catégories ne peut pas dépasser dix fois. Infomaniak utilise exactement ce maximum.
Ce montage a une limite que les communiqués ne détaillent pas. L’article 704 du Code des obligations suisse exige, pour une liste de seize décisions importantes, deux conditions cumulées : les deux tiers des voix attribuées aux actions représentées et la majorité des valeurs nominales représentées. Changer le but social, transférer le siège, décoter les actions ou dissoudre la société en font partie. Or, si toutes les actions votent, la fondation n’atteint aucun des deux seuils seule.
Conséquence pratique, selon notre lecture :
- pour les décisions ordinaires, comme l’élection du conseil d’administration, la fondation tranche seule grâce à sa majorité des voix (article 703, sauf disposition contraire des statuts, que nous n’avons pas consultés) ;
- pour les décisions importantes, elle dispose d’un droit de blocage, puisque les actions B ne réunissent que 36,7 % des voix (source : SIX, notre calcul), loin des deux tiers ;
- mais elle ne peut pas les imposer sans le soutien d’une partie des porteurs d’actions B, qui pèsent 85,3 % du nominal (source : SIX, notre calcul).
Un cas limite renverse même le rapport de force : pour désigner l’organe de révision, instituer un examen spécial ou ouvrir une action en responsabilité, l’article 693 écarte la règle d’une voix par action. Le vote se fait alors selon la valeur nominale, où les actions B pèsent 85,3 % (source : SIX, notre calcul).
Le verrou est donc défensif. Personne ne peut vendre Infomaniak, sortir son siège de Suisse ou réécrire sa mission contre l’avis de la fondation. Celle-ci est elle-même tenue par une charte des participations. Infomaniak en cite quatre engagements sur neuf : rester indépendante, défendre la souveraineté numérique, protéger la vie privée, réduire son empreinte environnementale. D’après la page investisseurs, ce texte a été signé devant notaire et ne peut évoluer que dans le sens d’un renforcement. Le fondateur, actionnaire important, a signé un engagement de conservation de douze mois (source : page investisseurs d’Infomaniak) : 80 % de ses actions sont bloquées, et il pourra céder jusqu’à 20 % de ses titres pour alimenter le flottant.
Ce qui change, et ce qui ne change pas, pour vos données
« Hébergé en Europe » ne veut pas dire « souverain » : il faut regarder séparément l’endroit où dorment les données, le droit qui s’applique à l’opérateur et la maîtrise de la technologie. Appliquée à cette cotation, la grille donne ceci.
| Dimension | Avant le 1er octobre | Après la cotation |
|---|---|---|
| Localisation des données | Centres de données en Suisse | Pas de changement annoncé |
| Droit applicable à l’opérateur | Société anonyme suisse | Identique ; s’y ajoutent les obligations d’information d’une société cotée |
| Maîtrise technologique | Logiciels et infrastructure développés en interne | Identique ; dépendra des investissements futurs |
| Contrôle de l’entreprise | Fondation, fondateur et une trentaine de salariés actionnaires | Fondation majoritaire en voix ; capital économique ouvert aux investisseurs |
Sur le plan juridique, la cotation ne crée aucun rattachement nouveau à un droit étranger. Infomaniak reste soumise au texte fédéral suisse sur les données personnelles, refondu et applicable depuis le 1er septembre 2023. Pour un client établi dans l’Union européenne, la Suisse bénéficie d’une décision d’adéquation de la Commission européenne du 26 juillet 2000, qui autorise les transferts de données personnelles sans garantie supplémentaire. Le risque d’une loi à portée extraterritoriale comme le CLOUD Act tient au contrôle de l’opérateur par une entité soumise au droit américain : c’est précisément ce qu’un rachat aurait pu changer, et ce que le verrou de la fondation rend impossible sans son feu vert. Pour le détail, voir notre article Qu’est-ce que le CLOUD Act ?
Les limites du verrou : ce qu’il faut surveiller
Notre jugement : pour un utilisateur d’Infomaniak, la cotation est une bonne nouvelle sous condition. Le scénario le plus redouté pour un acteur européen du cloud, le rachat par un géant étranger, est bloqué par la structure. Trois points méritent pourtant d’être suivis.
- La pression financière. Le communiqué indique que les actions B ouvrent droit au dividende à partir de l’exercice 2026. Jusqu’ici, l’entreprise disait avoir réinvesti la totalité de ses bénéfices depuis 2017, selon son annonce de juillet 2026, et la page investisseurs indique que le prospectus donne la priorité au réinvestissement dans un avenir prévisible. Des actionnaires qui attendent un rendement pèsent pourtant sur les arbitrages entre prix, marge et investissement, même minoritaires en voix.
- Les augmentations de capital. L’article 704 n’en vise que certaines formes : augmentation par apport en nature, par compensation ou au moyen des fonds propres, suppression du droit de souscription préférentiel, création d’un capital conditionnel ou d’une marge de fluctuation. Or le prospectus prévoit déjà un capital conditionnel et une marge de fluctuation : dans les limites fixées par les statuts, et pendant cinq ans au plus, c’est le conseil d’administration qui peut augmenter le capital (article 653s). Au-delà, la fondation aura besoin d’une partie des porteurs d’actions B. Le contrôle reste entier en défense ; pour les décisions de croissance, il est partagé ou délégué au conseil.
- La volatilité. Un titre qui passe de 56 à 140 francs puis retombe vers 85 francs dans la même séance traduit un marché étroit. Le cours ne touche pas aux contrats des clients, mais il pèsera sur le coût des futures levées de fonds.
Ce que le lecteur maîtrise, lui, n’a pas bougé. Pour reprendre la main, la règle vaut chez tous les fournisseurs : exporter régulièrement ses données dans des formats ouverts et garder une solution de repli. Nos comparatifs du cloud européen et des alternatives à Google Drive listent des options pour ne pas dépendre d’un seul acteur, même vertueux. Les critères pour juger un fournisseur sont détaillés dans notre définition du cloud souverain.
Questions fréquentes
Infomaniak a-t-elle été rachetée en entrant en bourse ?
Non. C’est l’inverse : Infomaniak a repris Perrot Duval Holding, une société déjà cotée, et ses actionnaires historiques sont devenus majoritaires. La fondation garde 63,3 % des voix (source : Infomaniak).
Mes données hébergées chez Infomaniak changent-elles de pays ?
Non. L’hébergeur assure que ni ses offres, ni ses tarifs, ni ses contrats, ni l’emplacement des données ne bougent. Il reste une société suisse régie par le droit suisse.
Un géant américain du cloud pourrait-il racheter Infomaniak en bourse ?
Pas sans l’accord de la fondation. Acheter toutes les actions B ne donnerait que 36,7 % des voix (source : SIX, notre calcul), et les actions A ne s’achètent pas : leur cession exige l’unanimité du conseil de fondation.
Combien d’argent la cotation a-t-elle rapporté à Infomaniak ?
Rien. Le communiqué du prospectus précise que l’opération n’a procuré aucun produit. Elle ouvre la possibilité de lever des fonds plus tard, par augmentation de capital.
Les actionnaires de la bourse ont-ils leur mot à dire ?
Oui, sur certaines décisions. En droit suisse, les décisions importantes, dont certaines formes d’augmentation de capital, exigent aussi la majorité des valeurs nominales représentées, et les actions B en pèsent 85,3 % (source : SIX, notre calcul). Ces actionnaires ne peuvent pas imposer de telles décisions, mais leur soutien sera nécessaire. Pour l’élection de l’organe de révision, le vote se fait même à la valeur nominale.
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Sources
- Infomaniak est cotée à la Bourse suisse, Infomaniak, https://news.infomaniak.com/infomaniak-cotee-bourse-suisse-six/, 01/10/2026
- Swiss Cloud Pioneer Infomaniak Joins SIX Swiss Exchange, SIX Group, https://www.six-group.com/en/newsroom/media-releases/2026/20261001-infomaniak-listing.html, 01/10/2026
- Projet de cotation d’Infomaniak : le prospectus est publié, communiqué de Perrot Duval Holding SA et Infomaniak, https://www.presseportal.ch/fr/pm/100057093/100941965, 02/09/2026
- Infomaniak announces its planned listing on the Swiss stock exchange, Infomaniak, https://news.infomaniak.com/en/infomaniak-announces-its-planned-listing-on-the-swiss-stock-exchange/, 29/07/2026
- Investisseurs, Infomaniak, https://www.infomaniak.com/gtl/investors, consulté le 06/10/2026
- Code des obligations (RS 220), articles 653s, 692, 693, 703 et 704, Confédération suisse (Fedlex, état le 1er octobre 2026), https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/27/317_321_377/fr, consulté le 06/10/2026
- INFOMANIAK N (INFO), fiche de l’action, SIX Swiss Exchange, https://www.six-group.com/en/market-data/shares/share-explorer/share-details.CH1609605055CHF4.html, consultée le 06/10/2026
- Décision 2000/518/CE relative à la protection adéquate des données à caractère personnel en Suisse, Commission européenne, https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32000D0518, 26/07/2000
- Nouvelle loi sur la protection des données (nLPD), Confédération suisse, portail PME, https://www.kmu.admin.ch/fr/nouvelle-loi-sur-la-protection-des-donnees-nlpd, consulté le 06/10/2026
- Débuts en bourse : Infomaniak frôle les 654 millions de capitalisation, ICTjournal, https://www.ictjournal.ch/news/2026-10-02/debuts-en-bourse-infomaniak-frole-les-654-millions-de-capitalisation-update, 02/10/2026
Dernière vérification : 06/10/2026
Il écrit GadGeek, avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle pour la recherche documentaire et la mise en forme. Aucun texte n'est publié sans sa relecture : sources recoupées, chiffres vérifiés, erreurs corrigées en clair.


