Consommation des datacenters en Europe : ce que Bruxelles mesure, et ce que le public ne verra pas
La Commission européenne a publié le 21 septembre 2026 son bilan de la consommation d'eau et d'électricité des datacenters de plus de 500 kW. Le rapport est instructif mais incomplet, et les chiffres de chaque site restent confidentiels : voici qui les contrôle.

Réponse immédiate : les centres de données européens dont la puissance informatique installée atteint au moins 500 kW doivent désormais déclarer chaque année leur consommation d’énergie, leur utilisation d’eau et plusieurs indicateurs environnementaux à la Commission européenne. Dans son bilan publié le 21 septembre 2026, Bruxelles révèle de forts écarts entre pays, notamment sur l’eau. Mais la photographie reste très incomplète : seuls 770 centres ont déclaré leurs données sur environ 2 161 attendus, et les chiffres détaillés de chaque site restent confidentiels. Le public ne voit aujourd’hui que des données agrégées.
En bref
- Depuis 2024, les centres de données dont la puissance informatique installée atteint au moins 500 kW doivent déclarer leur énergie, leur eau, leur chaleur récupérée et plusieurs indicateurs environnementaux dans une base européenne.
- Lors de la première période de déclaration, 770 centres ont transmis leurs informations sur environ 2 161 attendus, soit près de 36 %.
- La Commission estime que 70,1 % des données déclarées sont suffisamment fiables pour être exploitées ; 681 centres disposent d’un PUE jugé fiable et 458 d’un WUE exploitable.
- Le WUE moyen européen s’établissait à 0,58 m³/MWh en 2024, avec de fortes différences entre pays : 0,25 en France et jusqu’à 1,28 en Belgique.
- Les données détaillées de chaque site sont confidentielles par règlement : le public n’accède aujourd’hui qu’à des agrégats.
- Un nouveau label européen de A à G doit être généré par centre au plus tard le 15 août 2027 pour rendre leur efficacité énergétique et leur utilisation de l’eau plus comparables.
Ce que l’Europe exige des datacenters depuis 2024
La collecte ne date pas d’hier. La directive européenne sur l’efficacité énergétique de 2023 a créé une obligation de suivi pour les centres de données, que la Commission a précisée par un règlement délégué (UE) 2024/1364 du 14 mars 2024. Le texte vise les sites dont la demande de puissance informatique installée est « d’au moins 500 kW ». Leurs exploitants devaient transmettre une première série d’informations au plus tard le 15 septembre 2024, puis le 15 mai 2025, et ensuite chaque année.
Ce qui est demandé va bien au-delà de la facture d’électricité. Les exploitants déclarent notamment l’énergie totale consommée, l’eau utilisée, la chaleur fatale réutilisée et la part d’énergie renouvelable. À partir de ces données sont calculés plusieurs indicateurs normalisés.
| Indicateur | Ce qu’il mesure | Lecture |
|---|---|---|
| PUE (Power Usage Effectiveness) | Énergie totale consommée par le centre divisée par l’énergie consommée par ses équipements informatiques | Plus il se rapproche de 1, plus la part consacrée au refroidissement et aux infrastructures annexes est faible |
| WUE (Water Usage Effectiveness) | Volume d’eau rapporté à l’énergie consommée par les équipements informatiques, exprimé en m³/MWh — soit numériquement la même valeur en litres/kWh | Plus il est bas, moins le centre utilise d’eau par unité d’énergie informatique consommée |
| ERF (Energy Reuse Factor) | Part de l’énergie récupérée et réutilisée, par exemple sous forme de chaleur | Plus il est élevé, mieux l’énergie produite est valorisée |
| REF (Renewable Energy Factor) | Part d’énergie renouvelable dans la consommation | Plus il est élevé, plus l’approvisionnement repose sur des énergies renouvelables |
En France, ces règles sont reprises dans le code de l’énergie, notamment aux articles L. 236-1 à L. 236-3. Le ministère de la Transition écologique précise que la campagne de déclaration s’ouvre chaque année en mars, se clôt le 15 mai et peut être corrigée jusqu’au 15 août. Les opérateurs qui transmettent déjà leurs données environnementales à l’Arcep sont dispensés de cette déclaration directe : l’Arcep les transmet pour eux.
Consommation des datacenters : ce que montrent les premiers chiffres
Le rapport de la Commission sur l’efficacité énergétique des centres de données, publié le 21 septembre 2026 et transmis au Conseil sous la référence 13443/26, dresse le premier bilan européen de ces déclarations. Il s’appuie notamment sur une analyse technique publiée en juillet 2025 sur la première période de collecte.
770 centres déclarés sur environ 2 161 attendus
Premier enseignement, et pas le moindre : la base est très incomplète. Lors de la première période de déclaration, 770 centres de données ont transmis leurs informations, alors qu’environ 2 161 étaient estimés devoir le faire dans l’Union européenne. Cela représente à peine 36 % du parc théoriquement concerné.
La Commission estime en outre que 70,1 % des données déclarées sont suffisamment fiables pour être exploitées. Pour les indicateurs les plus utilisés, 681 centres disposent d’un PUE jugé fiable et seulement 458 d’un WUE exploitable.
La couverture géographique est elle aussi très inégale : six États membres n’ont déclaré aucun centre et cinq autres en ont déclaré moins de trois. Les moyennes nationales de ces pays doivent donc être interprétées avec beaucoup de prudence. Ce premier bilan européen décrit une partie du parc, pas encore l’ensemble des infrastructures concernées.
L’eau, grande variable géographique
Sur l’eau, les écarts sont particulièrement importants. En 2024, le WUE moyen déclaré dans l’Union européenne s’établissait à 0,58 m³/MWh, soit l’équivalent numérique de 0,58 litre par kWh informatique consommé. Les moyennes nationales s’étendent de 0,07 à 1,28.
La France affiche un WUE moyen de 0,25, tandis que la Belgique atteint 1,28, la valeur nationale la plus élevée publiée dans le rapport.
La Commission avance plusieurs explications à ces différences. Le climat joue un rôle : dans les régions fraîches, l’air extérieur peut contribuer davantage au refroidissement, tandis que certains systèmes utilisés dans les régions plus chaudes reposent davantage sur l’évaporation, qui peut réduire la consommation électrique du refroidissement mais augmenter la consommation d’eau.
La taille des installations compte également. Selon l’analyse de la Commission, le WUE tend à augmenter avec la taille des centres, les petites installations ayant moins souvent recours au refroidissement évaporatif.
Le rapport ajoute un élément essentiel pour interpréter ces statistiques : dans certains États membres, la moyenne nationale peut être fortement influencée par quelques grands exploitants ou par un nombre très réduit de sites utilisant beaucoup d’eau. Une moyenne nationale ne permet donc pas d’identifier les performances d’un centre de données précis.
Le cas belge, ou la limite des moyennes
La Belgique affiche le WUE moyen le plus élevé du rapport, avec 1,28 m³/MWh. Le pays accueille notamment le campus de Google à Saint-Ghislain, que l’entreprise présente sur sa propre page consacrée au site comme son premier centre de données ouvert hors des États-Unis, en 2010, et utilisant notamment l’eau d’un canal industriel pour son système de refroidissement.
Il serait cependant abusif d’en déduire que ce site explique à lui seul la moyenne belge. Le rapport européen ne publie aucune donnée permettant d’associer la valeur nationale de 1,28 à Google ou à un autre exploitant particulier. C’est précisément l’une des limites du système actuel : le public connaît la moyenne du pays, mais pas les valeurs des centres qui la composent.
Qui contrôle les chiffres de consommation des datacenters ?
La base européenne existe, elle est alimentée, mais elle n’est pas ouverte au niveau des sites. L’article 5 du règlement 2024/1364 est explicite : « La Commission et les États membres concernés préservent la confidentialité de toutes les informations et de tous les indicateurs de performance clés » transmis pour chaque centre (règlement délégué 2024/1364, EUR-Lex).
Ces informations peuvent relever des intérêts commerciaux des exploitants. Les données rendues publiques aujourd’hui sont donc essentiellement agrégées par État membre et au niveau de l’Union, notamment via les outils décrits sur la page de la Commission consacrée à la performance énergétique des centres de données.
La directive de 2023 prévoit bien que les exploitants publient certaines informations, mais avec des exceptions lorsque leur divulgation porte atteinte à des informations commerciales protégées. Résultat : un habitant vivant à proximité d’un grand centre, une collectivité qui arbitre l’usage local de l’eau ou une entreprise qui choisit son hébergeur n’accèdent pas, via cette base, aux volumes détaillés d’eau et d’électricité du site qui les concerne.
Il faut distinguer ici trois dimensions, que GadGeek applique également aux questions de cloud souverain :
- La localisation : un centre installé en Belgique ou en France consomme l’eau et l’électricité locales, quelle que soit la nationalité de son propriétaire.
- Le droit applicable : l’obligation de déclaration concerne les centres situés dans l’Union européenne, qu’ils soient exploités par une entreprise européenne ou étrangère.
- La maîtrise de l’information : l’exploitant mesure et déclare ses données, tandis que les autorités déterminent ce qui peut être rendu public. Le citoyen ne dispose aujourd’hui que d’une vue agrégée.
Cette asymétrie n’est pas propre aux groupes américains : un opérateur français bénéficie des mêmes règles de confidentialité qu’un géant international du cloud. Mais elle a une conséquence concrète. Lorsque vous stockez vos photos, vos sauvegardes ou les données de votre entreprise chez un prestataire, vous ne connaissez généralement pas la consommation exacte d’eau et d’électricité du centre qui les héberge, sauf si l’opérateur choisit volontairement de la publier.
Comment reprendre un peu la main ? Un exploitant dont le centre est soumis à l’obligation européenne dispose des indicateurs nécessaires à sa déclaration. Lui demander son PUE et son WUE, par site et par année, constitue donc un critère de choix légitime, au même titre que la localisation des données ou le droit applicable.
Il est également possible de privilégier les prestataires qui publient volontairement ces indicateurs, ce que nous intégrons progressivement dans notre guide des alternatives européennes aux GAFAM. Pour certains usages personnels, l’auto-hébergement permet aussi de reprendre directement le contrôle sur l’infrastructure utilisée, avec une limite importante : une petite machine à domicile ne remplace ni la redondance, ni la disponibilité, ni la sécurité physique d’un véritable centre de données.
Ce qui va changer avec le label européen
Le même jour que le rapport, la Commission a adopté un règlement délégué créant un système commun de notation des centres de données.
Les centres concernés recevront deux classes d’efficacité allant de A à G : l’une pour l’énergie, calculée à partir du PUE, et l’autre pour l’eau, à partir du WUE.
| Classe | PUE | WUE |
|---|---|---|
| A | ≤ 1,15 | ≤ 0,10 |
| B | > 1,15 et ≤ 1,25 | > 0,10 et ≤ 0,20 |
| C | > 1,25 et ≤ 1,35 | > 0,20 et ≤ 0,40 |
| D | > 1,35 et ≤ 1,50 | > 0,40 et ≤ 0,60 |
| E | > 1,50 et ≤ 1,70 | > 0,60 et ≤ 0,80 |
| F | > 1,70 et ≤ 1,90 | > 0,80 et ≤ 1,00 |
| G | > 1,90 | > 1,00 |
Le premier label doit être automatiquement généré dans la base européenne au plus tard le 15 août 2027, puis renouvelé chaque année. Contrairement aux volumes détaillés aujourd’hui confidentiels, cette notation doit être accessible publiquement.
C’est probablement le changement le plus important pour la transparence : une classe attribuée à chaque site permettra de comparer plus facilement deux centres de données sans révéler nécessairement leurs volumes exacts d’eau ou d’électricité.
La Commission prépare aussi une troisième étape. Elle a ouvert une consultation publique sur de futures normes minimales de performance, ouverte jusqu’au 14 décembre 2026, en vue d’une proposition législative annoncée pour le deuxième trimestre 2027. Des exigences minimales pourraient donc, à terme, compléter le simple affichage des performances.
L’enjeu est loin d’être marginal. Selon le rapport de la Commission, les centres de données européens représentaient environ 68 TWh de consommation électrique en 2024. Cette consommation pourrait atteindre environ 114 TWh en 2030, soit 3,2 % de la demande électrique de l’Union. Dans le même temps, l’Europe veut fortement augmenter ses capacités de centres de données dans les cinq à sept prochaines années.
Mesurer leur consommation devient donc à la fois un sujet environnemental, énergétique et industriel, mais aussi un élément concret de la souveraineté numérique européenne.
Questions fréquentes
Quels datacenters doivent déclarer leur consommation ?
Les centres de données situés dans l’Union européenne dont la puissance informatique installée atteint au moins 500 kW sont soumis à l’obligation de déclaration prévue par le règlement européen. En France, les informations sont transmises chaque année au plus tard le 15 mai, sauf pour les opérateurs dont les données sont déjà collectées par l’Arcep et transmises par celle-ci.
Combien de datacenters européens ont déclaré leurs données ?
Lors de la première période de collecte, 770 centres ont transmis leurs informations, alors qu’environ 2 161 étaient estimés être concernés par l’obligation, soit près de 36 %. La Commission estime par ailleurs que 70,1 % des données déclarées sont suffisamment fiables pour être utilisées dans son analyse.
Peut-on connaître la consommation d’eau d’un datacenter précis ?
Pas via la base européenne actuelle. Le règlement 2024/1364 impose la confidentialité des données et des indicateurs détaillés transmis pour chaque site. Le public dispose principalement d’informations agrégées par pays et au niveau européen. Certains exploitants publient toutefois volontairement leurs propres données.
Qu’est-ce que le WUE ?
Le Water Usage Effectiveness mesure la quantité d’eau utilisée par rapport à l’énergie consommée par les équipements informatiques. Il est exprimé en m³/MWh, ce qui correspond numériquement à des litres par kWh. Plus le WUE est faible, moins le centre consomme d’eau pour une même quantité d’énergie informatique.
Quel est le WUE moyen des datacenters européens ?
Le WUE moyen déclaré dans l’Union européenne était de 0,58 m³/MWh en 2024. La France se situait à 0,25, tandis que la Belgique affichait la valeur nationale la plus élevée du rapport, à 1,28. Ces moyennes doivent toutefois être interprétées avec prudence car le nombre de centres déclarants varie fortement selon les pays.
Pourquoi le rapport européen est-il incomplet ?
Parce qu’une grande partie des centres théoriquement soumis à l’obligation n’ont pas encore déclaré leurs données. Seuls 770 centres ont participé sur environ 2 161 attendus. Six États membres n’ont déclaré aucun centre et cinq en ont déclaré moins de trois. Certaines données transmises ont en outre été jugées insuffisamment fiables pour être utilisées dans les comparaisons.
Le label de 2027 rendra-t-il les chiffres publics ?
Il ne rendra pas nécessairement publics les volumes détaillés d’eau et d’électricité de chaque centre. En revanche, chaque site concerné doit recevoir une classe de A à G pour son efficacité énergétique et une autre pour son utilisation de l’eau. Le premier label doit être généré au plus tard le 15 août 2027 et sera accessible publiquement.
Sources
- Report on the energy efficiency of data centres in the EU, Commission européenne (DG Énergie), https://energy.ec.europa.eu/publications/report-energy-efficiency-data-centres-eu_en, 21/09/2026
- Document 13443/26 transmettant le rapport de la Commission, Conseil de l’Union européenne, https://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-13443-2026-INIT/en/pdf, 21/09/2026
- Making data centres energy efficient thanks to a new EU rating system, Commission européenne, https://commission.europa.eu/news-and-media/news/making-data-centres-energy-efficient-thanks-new-eu-rating-system-2026-09-21_en, 21/09/2026
- Commission Delegated Regulation establishing a common Union rating scheme for data centres and annexes, Commission européenne (DG Énergie), https://energy.ec.europa.eu/publications/commission-delegated-regulation-establishing-common-union-rating-scheme-data-centres-and-annexes_en, 21/09/2026
- Minimum performance standards for data centres in Europe: public consultation launched, Commission européenne (DG Énergie), https://energy.ec.europa.eu/news/minimum-performance-standards-data-centres-europe-public-consultation-launched-2026-09-21_en, 21/09/2026
- Règlement délégué (UE) 2024/1364 de la Commission, Journal officiel de l’Union européenne (EUR-Lex), https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=OJ:L_202401364, 14/03/2024
- Energy performance of data centres, Commission européenne (DG Énergie), https://energy.ec.europa.eu/topics/energy-efficiency/energy-efficiency-targets-directive-and-rules/energy-efficiency-directive/energy-performance-data-centres_en, consultée le 27/09/2026
- Assessment of the energy performance and sustainability of data centres in the EU, Commission européenne (Office des publications), https://op.europa.eu/o/opportal-service/download-handler?identifier=83be4c3e-5c79-11f0-a9d0-01aa75ed71a1&format=PDF&language=en&productionSystem=cellar, juillet 2025
- Efficacité énergétique des centres de données (datacenters), ministère de la Transition écologique, https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/efficacite-energetique-centres-donnees-datacenters, consultée le 27/09/2026
- St. Ghislain, Belgium: Google Data Center Location, Google, https://datacenters.google/locations/belgium/, consultée le 27/09/2026
- Eau, électricité : la consommation de 770 datacenters en Europe, Next, https://next.ink/257795/eau-electricite-la-consommation-de-770-datacenters-en-europe/, septembre 2026
Dernière vérification : 27/09/2026
Il écrit GadGeek, avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle pour la recherche documentaire et la mise en forme. Aucun texte n'est publié sans sa relecture : sources recoupées, chiffres vérifiés, erreurs corrigées en clair.


